Young people: it’s up to us to change t

Young people: it’s up to us to change the world!
« Transform, revolutionize, engage, motivate, work, dare, dream, persevere, disrupt, plan » … these words will remain forever etched in my memory after participating in the 2016 American Express Emerging Innovators Bootcamp in Dakar.
As changemakers, we must not be satisfied with simply improving society, but we must continually seek to transform it, to disrupt the status quo with sustainable, progressive and positive ways of thinking and acting in our communities.
Achieving this vision will require a lot of motivation. By our sacrifices, we can measure our commitment. We see many people launch impressive projects, but only a few will end up as sustainable businesses; difficulties and obstacles hinder their momentum and sometimes their determination. But in my work, I have both motivation and perseverance! I will not fail because I now know that failure can be a pathway to success. Learning to fail is to learn to succeed because failure today prepares tomorrow’s success.
My words cannot capture the satisfaction I feel after being part of the Ashoka & American Express Bootcamp, it was a fantastic and unforgettable experience. What could be more wonderful than to meet, exchange and share experiences and learn from the other changemakers in an intercultural context?
Young people, we are the future of Africa and it is up to us to build an Africa and a world that is prosperous, equitable and worthy of future generations. My contribution to this effort will be educating young people to practice public speaking through the television show Africa Gawlo.
I ask you, will you join us so that together we can have a lasting impact and change the world?

Ngnaoussi Elongue Cédric Christian is Program Director of RIPAO-International Network for the Promotion of Public Speaking in ACP. He is also the bearer of Africa-Gawlo Project. http://ow.ly/yhTT30bEXcb http://ow.ly/i/uK6gG

Dynamiser les cours en amphithéâtre | Le

Dynamiser les cours en amphithéâtre |

Les amphithéâtres des universités offrent une ambiance grandiose pour l’étudiant qui entre pour la première fois dans ce genre de salle. Il comprend qu’il a atteint un autre niveau d’études. Sauf que si le lieu laisse une première impression marquante, il devient vite le sujet de moqueries ou d’un profond ennui.
Parce que ce que les étudiants surnomment « l’amphi » devient souvent le théâtre d’une pièce, ou plutôt d’un monologue où un professeur va réciter sa matière pendant une à deux heures et qu’il faudra prendre en note.
Conséquemment, certains posent la question : fini l’amphi ? Après tout, à l’ère des ordinateurs et de l’Internet, à quoi sert encore l’amphithéâtre? D’autant plus qu’il y a même la classe inversée où le contenu magistral est offert et consulté en ligne et la salle de cours fait office de lieu de travail et d’échanges. Or, cela amène à une réflexion : l’amphi pourrait être un endroit d’interactions.
Et comme le rappelle cet article du Monde, avec la technologie, les cours dans ces salles ont grandement évolué et sont devenus plus ou moins des milieux interactifs. Par exemple, ce prof de biologie en avait assez de voir ses apprenants constamment sur leur téléphone et plaisantait sur le fait qu’il faisait un « live tweet » du cours.
Un étudiant l’a mis au défi de le faire et il a décidé de le relever. Ainsi, en plus du projecteur de diaporama, il y en avait un du « live tweet » où ses étudiants commentaient sur le cours. Une belle approche pour ajouter de l’interactivité en amphi. Mais y a-t-il d’autres façons?
Bouleverser les pratiques pédagogiques
Il y avait déjà en 2012 l’initiative suggérée par Anne-Céline Grolleau et Céline Grousson, « L’amphi dont vous êtes le héros ». Un cours magistral sans interaction commençait et soudainement, il s’arrêtait. Des petites équipes d’apprenants faisaient alors un remue-méninges proposant des idées pour une approche de cours que le professeur devrait suivre. Celui-ci choisissait parmi les cinq propositions les plus votées par le groupe. À la suite des modifications dans l’enseignement, les étudiants pouvaientt réagir et réfléchir si cela était intéressant ou pas.
Certains professeurs se tournent vers des applications pour dynamiser leur cours. Cet article donne un exemple d’une enseignante d’espagnol qui se sert de YouSlide, une application permettant d’interagir durant en cours en proposant des questionnaires auxquels peuvent répondre les apprenants. Ils peuvent aussi réagir à des questions ouvertes, les réponses se trouvant affichées en projection. Souvent utilisée en conférence, YouSlide apporte beaucoup d’interaction. Dans le cas d’un cours de langue seconde, les apprenants peuvent, par exemple, proposer des termes pour un nuage de mots-clés sur un sujet et les aider à s’exprimer à l’écrit pour ensuite les mener à le faire à l’oral.
Enfin, et si l’interaction n’était pas tournée nécessairement vers le professeur ou ses projections, mais plutôt sur les étudiants eux-mêmes. Si l’amphi les mettait en scène? Par le biais de jeux de rôles, entre autres. L’activité permet de clairement appliquer et contextualiser les apprentissages d’un cours. Par exemple, les étudiants en médecine pourraient simuler des visites en cabinet qui pourraient être analysées par les camarades et le professeur. Ceux de sciences politiques ou sciences humaines pourraient développer des débats pour comprendre l’argumentation ou comment se déroule le débat public. Évidemment, ce type d’initiative requiert une bonne introduction et une rétroaction par la suite pour que l’activité se passe sans heurts et qu’elle soit constructive pédagogiquement.
L’amphithéâtre n’est donc pas obligé d’être un endroit monotone. Il peut être débordant de vie et d’interactivité, en réfléchissant un peu sur les pratiques pédagogiques et se donnant la chance de bousculer les modèles traditionnels.
Par Alexandre Roberge

Initiative d’Ashinaga pour l’Afrique 201

Initiative d’Ashinaga pour l’Afrique 2017
Contribuer au développement de l’Afrique subsaharienne à travers l’enseignement supérieur à l’étranger _ Date limite 7 Aout 2017
Ashinaga est une organisation à but non lucratif basée au Japon, qui procure un soutien éducatif et émotionnel à
des étudiants orphelins. Au cours de ces 45 dernières années, l’organisation a aidé plus de 95,000 orphelins et
beaucoup de ses diplômés contribuent activement à la société grâce à une variété de compétences, et ce à travers le
monde.
L’Initiative d’Ashinaga pour l’Afrique a été lancée en 2014. Notre mission est d’accompagner l’Afrique
subsaharienne dans ses efforts de développement en favorisant l’accès aux études supérieures à l’étranger. Nous
soutenons des étudiants orphelins déterminés à retourner dans leur pays afin d’y effectuer un changement, en
fournissant l’accès à un soutien financier complet pour un diplôme de premier cycle dans une université à l’étranger,
les frais de scolarité, de logement, de transport et possibles autres étant compris.
Critères – la candidature est ouverte à ceux qui :
1. ont perdu leur père, leur mère, ou les deux
2. ont complété leur éducation ( primaire et secondaire ) lors des 2 dernières années ou qui l’auront fini à la date
du 1 er août 2017 ( les brevets professionnels ne sont pas acceptés )
3. ont la citoyenneté et ont fini, ou vont finir le lycée dans l’un des pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Burundi,
Cameroun, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Madagascar, Mali, Mauritanie, République Démocratique
du Congo, République du Congo, Sénégal, Togo.
4. sont nés après le 1 er octobre 1994
5. n’ont pas les capacités financières pour étudier à l’université
6. parlent couramment le français
7. ont un parcours scolaire remarquable
8. peuvent participer aux deux programmes préparatoires d’Ashinaga, au cours d’une année entière, avant
d’entrer à l’université
9. veulent retourner chez eux ou en Afrique subsaharienne, afin de contribuer activement à la société africaine
après avoir été diplômé de l’université
10. n’ont pas de personne à charge qui viendrait interférer avec la poursuite des études
11. sont en bonne santé et capables d’aller étudier à l’étranger
Documents à soumettre pour la candidature
1. Ce formulaire de candidature ( uniquement les pages 4 à 7 )
2. Une photo d’identité (3,5cm x 4,5 cm)
3. Les copies des bulletins scolaires / relevés de notes des 3 années du lycée
4. La preuve d’inscription ou les relevés de notes d’études supérieures, si applicable
5. La copie du baccalauréat série générale ou une autre qualification de la fin des études secondaires, et le relevé
de notes de l’examen
6. Les deux rédactions, voir ci-dessous
7. La copie du certificat de décès du ou des parents ou un document officiel alternatif
8. La copie de l’acte de naissance
9. La copie de la carte d’identité nationale ou du passeport
10. La copie des certificats pour des prix ou des activités, si applicable
À NOTER : cette candidature et le processus de sélection sont GRATUITS. Toute personne demandant le paiement à n’importe quelle étape du processus le fait contre la volonté d’Ashinaga, et ne doit pas être payée. http://ow.ly/Yq1o30aVNMn

Child Refugee and Migrant Crisis: How Yo

Child Refugee and Migrant Crisis: How You Can Help

With the civil war now in its seventh year, Syrian children have hit rock bottom. More than 8 million urgently need your help. A generation of kids can barely recall life before bombings, fear, hunger and loss. But you can make a real difference. You can offer hope. Here are three things you can do today to help Syrian children.
1. Donate to Help UNICEF Protect Syria’s Children
Syria is one of the most dangerous places in the world to be a child. Nearly 1,300 children have been killed or injured during 2016 alone.
Inside Syria, 2.8 million children live under military siege or in hard-to-reach areas. At least 5 million Syrian children have fled their homes due to violence and war. Some are sheltering in camps within Syria, while others live in refugee camps in Jordan, Lebanon, Iraq, Turkey and Egypt. More than 2.2 million Syrian children have also been forced to leave school.
2. Start a Fundraiser to Aid Syrian Children
Make a difference by starting your own fundraiser in support of UNICEF’s campaign to aid the more than 8.4 million children who have been hurt by the Syria conflict. You can help save a child’s life or give them hope and a chance for a better future.
Or donate to the Play For Syria Facebook Fundraiser, started by more than a dozen basketball players to support UNICEF programs for children in Syria and Syrian child refugees. Some of the players are American, some Syrian, some are former NBA, some former NCAA — but all have played ball in Syria. And all are deeply concerned for the children suffering there.
Learn more about the players and their fundraiser here, and help them spread the word by sharing their fundraiser with your networks!

3. Share Your Concern
Share UNICEF’s donation form for Syrian children or Facebook Fundraiser page on your social media channels, by email or even word of mouth.
Or, click here to voice your concern about the children of Syria by tweeting to your congressperson.

Etape clé du développement des entrepris

Etape clé du développement des entreprises, la recherche de financements relève souvent du parcours du combattant pour les start-up africaines. En cause notamment, un secteur bancaire inadapté et un système d’aide à l’innovation à l’état de chantier.
Sur la zone francophone, les taux d’intérêt des prêts consentis par les banques commerciales oscillent entre 10 % et 17 %. Un tarif prohibitif pour les entrepreneurs qui souhaitent passer d’une idée à un produit sans risquer le surendettement. En Afrique, les subventions nationales à l’innovation restent quant à elles très rares et passent, le plus souvent, par des bailleurs extérieurs.
A l’occasion des Journées nationales des diasporas africaines (JNDA), les 31 mars et 1er avril à Bordeaux, en France, un panel d’experts a examiné quelques solutions de financement. Tour d’horizon en cinq solutions.
Les prêts à taux zéro
Pour répondre aux défaillances du système bancaire, des programmes de prêts à taux zéro font leur apparition sur le continent. C’est le cas de la plateforme de financement du programme Afrique Innovation. « Doté de 550 000 euros par l’Agence française de développement [AFD], ce programme prévoit un remboursement en différé pour les entrepreneurs qui peuvent emprunter entre 10 000 et 30 000 euros », explique Eva Sow Ebion, chargée de communication pour le CTIC de Dakar, un incubateur d’entreprises spécialisé dans les technologies de l’information et de la communication (TIC).
Une « solution pansement », au regard de la vitalité du secteur, regrette toutefois un entrepreneur français implanté en Afrique : « Lever les 10 000 à 30 000 euros qui vous permettent de vous lancer reste le plus difficile. A ce stade, les fonds d’investissement ne s’intéressent pas encore à vous. »
Les fonds d’amorçage et de capital-risque
A différentes étapes de leur développement, les start-up peuvent recourir à des fonds d’investissement. Premier levier, les fonds d’amorçage se destinent à des entreprises encore en manque d’argent pour finaliser leur produit et dont le chiffre d’affaires est égal à zéro. Sur ce modèle, le fonds Teranga Capital, cofondé par Omar Cissé et Olivier Furdelle au Sénégal et doté au départ de 4,9 millions d’euros, soutient les start-up innovantes en phase d’amorçage avant d’entrer dans leur capital.
Les fonds de capital-risque, eux, interviennent le plus souvent en phase intermédiaire, pour les start-up présentant des perspectives de vente. Portés par des acteurs publics ou privés en quête d’avantages fiscaux et de débouchés commerciaux en Afrique, les fonds lient de plus en plus leur destin à celui des incubateurs du continent. Au Ghana, l’incubateur technologique Meltwater Entrepreneurial School of Technology (MEST) a ainsi lancé en 2016 son propre fonds de capital-risque à destination des start-up africaines.
Lire aussi : Au Cameroun, la censure d’Internet ruine les start-up de la « Silicon Mountain »
Les « business angels »
Quoique à l’état embryonnaire, le recours aux business angels, de grandes fortunes prêtes à investir dans un projet en échange d’avantages fiscaux, est une option de plus en plus courue par les entrepreneurs africains. Certains noms circulent, comme celui de Karim Goudiaby, patron franco-sénégalais du site de colocation Appartager, rentré fin décembre 2016 au capital d’Afrikrea, un site d’e-commerce consacré à la mode africaine.
Impulsée au Nigeria, la mise en réseau des business angels africains s’affirme également en Afrique francophone, comme le montrent les groupements Cameroon Angels Network et Ivoire Business Angels. Faute de mesures fiscales suffisamment incitatives, « la tendance reste timide », concède toutefois Eva Sow Ebion.
L’argent levé à l’étranger par la diaspora
Pour financer une start-up, les talents issus de la diaspora ont un accès privilégié aux ressources des pays dans lesquels ils vivent. Certains ont ainsi eu recours aux fonds d’amorçage proposés par des institutions publiques, notamment en France. C’est le cas de Ndiata Kalonji : en 2009, cet ingénieur congolais (RDC) a fondé l’entreprise Saooti, basée à Rennes et spécialisée dans la conception de webradios participatives.
Lors du lancement du projet, Ndiata Kalonji a bénéficié d’un prêt de 50 000 euros versé par Oseo, l’un des ancêtres de BPI France, une banque d’investissement publique chargée de soutenir les start-up. « Juste assez d’argent pour embaucher, créer notre prototype et partir à la conquête d’investisseurs. » La crédibilité gagnée en Europe lui a ensuite permis de convaincre directement Orange de devenir à la fois le premier client et le premier financeur d’un projet tourné vers l’Afrique : Mezaa.org, une plateforme de contenus produits pour les radios africaines.
Lire aussi : Des start-up au secours de l’éducation kényane
Le financement participatif
De nombreuses start-up africaines ont recours au financement participatif pour compléter leurs fonds propres. C’est le cas des ingénieurs burkinabés créateurs du projet Faso Soap, à l’origine d’un savon anti-moustique, qui ont pu collecter 70 000 euros en un an à travers la plateforme Ulule. De quoi couvrir le coût des tests pratiqués sur les premiers savons.
Dans le domaine du financement participatif en Afrique, le secteur de la téléphonie mobile joue un rôle déterminant pour pallier les faibles taux de bancarisation. Avec des taux de pénétration du téléphone portable supérieurs à 110 % pour certains pays de la zone francophone, le développement de plateformes de crowdfunding alimentées par le crédit mobile ne cesse de gagner de l’ampleur.
Les concours et bourses
De plus en plus nombreux en Afrique, les accélérateurs et incubateurs de start-up multiplient les partenariats avec des entreprises mettant à disposition des porteurs de projets des bourses d’amorçage. C’est le cas du CTIC de Dakar, qui a lancé en 2015 le programme BuntuTeki en collaboration avec l’opérateur de téléphonie Tigo, avec pour objectif d’appuyer une dizaine de projets par an.
Portés par de grands groupes ou de grandes universités, les concours de start-up, comme le prix Orange de l’entrepreneur social en Afrique, le Startupper de l’année organisé par Total ou la Global Social Venture Competition de l’université de Californie à Berkeley, sont une autre piste explorée par les talents en quête d’une vitrine et de financements.
Certains concours ne sont pas liés à de grandes sociétés et agissent comme des fonds de capital-risque dans les projets. Seedstars, basé en Suisse mais ayant ouvert sa propre académie au Nigeria, fait ainsi concourir 50 projets du monde entier. Les lauréats se voient proposer des prises de participation allant jusqu’à 500 000 euros.
Thalia Bayle (contributrice Le Monde Afrique)
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/07/six-solutions-pour-financer-les-start-up-africaines_5107578_3212.html#REOQtgPQtBuaIb1V.99

Révolution numérique : la fin de la civi

Révolution numérique : la fin de la civilisation de l’écrit ?

Cet article décrit la manière dont la révolution numérique nous ramène à des comportements et modes d’organisations ancestraux. Pour le directeur général adjoint de l’IDATE Digiworld, le retour de l’oralité est sur le point de clôturer une parenthèse de plusieurs siècles de culture écrite. Le règne de la vidéo sur les réseaux sociaux, l’avènement des intelligences articifielles et celui des chatbots ont déjà entamé cette transition. Cela risque de bouleverser jusqu’à nos façons de penser et nos capacités cognitives.
Une journée sans lire une ligne, c’est désormais possible. Mieux, c’est maintenant la norme, le cours normal des choses. Comme passer un mois ou une année sans avoir besoin de faire un détour par l’écrit pour les actes de la vie quotidienne. Ce scénario, qui annonce l’effacement de notre culture écrite au profit d’une nouvelle civilisation orale, c’est celui que je vous prédis pour un futur sans doute moins éloigné que ce que nous pourrions croire. Si je suis aussi affirmatif, c’est que les ferments d’un tel bouleversement sont déjà à l’œuvre aujourd’hui. C’est même une avalanche de signaux qui, tous ensemble, sont susceptibles de provoquer un tel basculement.
L’irrésistible invasion de la vidéo
Le plus important, sans doute, tient à la place envahissante que prend dans nos vies, chaque jour un peu plus, la vidéo. C’est le contenu roi, celui qui s’impose comme le standard de fait en matière de communication. Cette tendance n’est pas nouvelle. Il s’agit même d’une lame de fond qui trouve son origine à la fin du XIXe siècle avec l’invention du cinéma, puis de la télévision dès les années trente. Le XXe siècle aura été rythmé par le développement continu de ces médias de masse qui furent d’abord accusés de tous les maux, avant de se hisser au rang de 7e art pour l’un et de première source d’information et de divertissement pour l’autre.
« Nous sommes sans doute aujourd’hui arrivés au point de basculement longtemps annoncé, correspondant à l’avènement de la vidéo comme moyen de communication prioritaire »
Ce n’était pourtant qu’un début. La vidéo, devenue à la demande et en passe de s’affranchir définitivement de la télévision d’hier, est omniprésente. On n’en a jamais autant consommé. L’invasion des écrans de toute taille, couplés à des plateformes de diffusion aux catalogues pléthoriques, favorise une consommation sans frein, où les séries règnent en maître, plébiscitées par de jeunes générations qui en ont fait leur contenu de référence comme leurs ancêtres avaient le théâtre, l’opéra, le roman ou le cinéma avant eux.
Au roman-feuilleton du XIXe siècle a succédé la série télé au XXIe siècle. Netflix a remplacé Balzac et l’oral a remplacé l’écrit.
Internet a amplifié le phénomène jusqu’à l’excès. D’abord média de l’écrit, de par sa construction et par nécessité, il s’est rapidement ouvert aux images, puis aux vidéos dès que le débit des réseaux et la puissance des terminaux l’ont permis. Nous sommes sans doute aujourd’hui arrivés au point de basculement longtemps annoncé, correspondant à l’avènement de la vidéo comme moyen de communication prioritaire.
La plupart des sites Internet se doivent d’intégrer des contenus vidéo pour attirer et retenir l’attention des internautes. Les grandes plateformes universelles que sont devenues Google, Facebook ou encore Snapchat sont en train d’opérer cette transition, en passant de l’écrit et de l’image à la vidéo. A tel point que Mark Zuckerberg annonce que d’ici cinq ans seulement la vidéo aura remplacé les contenus textes sur Facebook. Ce que sa responsable pour l’Europe, Nicola Mendelsohn, confirme en estimant que « Facebook sera définitivement mobile et probablement entièrement vidéo : chaque année, nous voyons une diminution du texte… Si je devais parier sur quelque chose, je dirais : la vidéo, la vidéo, la vidéo. »
« Une explication en vidéo est souvent perçue comme plus efficace qu’un texte traditionnel, et bien plus attractive pour capter l’attention volage d’internautes sur-sollicités »
Ce mouvement est clairement à l’œuvre chez les producteurs de pages Internet, professionnels ou amateurs, qui privilégient la vidéo, support de communication préféré des internautes. Ne plus lire, ou le moins possible, car les écrans des smartphones, désormais le moyen le plus courant pour surfer sur Internet, exigent des formats de texte de plus en plus courts. Mais surtout parce qu’une explication en vidéo paraît souvent plus efficace qu’un texte traditionnel et bien plus attractive pour capter l’attention volage d’internautes sur-sollicités : c’est la raison du succès grandissant des tutos en tout genre, des recettes de cuisines, des éditos de presse, des cartographies animées, des publicités… Le tout en vidéo, le plus souvent courtes, impactantes et didactiques. Et comme il faut pouvoir les visionner en toutes circonstances, elles sont souvent sous-titrées (l’écrit se défend !) pour être regardées sans le son quand vous êtes dans un bus, un métro, en cours ou, distrait, lors d’une réunion de travail un peu trop longue.
Ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas d’un phénomène marginal ou périphérique, mais bien d’une lame de fond dont les figures annonciatrices sont ces armées de youtubers qui donnent des rendez-vous réguliers à des milliers voire des millions de fans qui viennent rire, chanter avec eux, s’informer, se cultiver… Comme ailleurs, dans la littérature ou dans l’édition, on trouve le pire et le meilleur sur le plus d’un million de chaînes hébergées sur le site phare de Google : des stars comme PewDiePie, ce jeune suédois commentateur de jeux-vidéo aux 54 millions d’abonnés ou German Garmendia, un jeune chilien, dont les vidéos humoristiques sont suivies par plus de 30 millions d’abonnés ; comme ces professeurs, étudiants ou amateurs qui, en France, se mettent en scène pour raconter et vulgariser la science (E-penser), la littérature (Booktubeuses), l’histoire (Nota Bene) ou la philosophie (Coup de phil).
Le gamer PewDiePie, symbole de la génération des youtubers à succès, avec plus de 54 millions d’abonnés.
Un phénomène tellement structurant que tous les médias s’y convertissent – les radios mettent des caméras dans leurs studios, les sites des titres de presse produisent des contenus vidéos – et les temples du savoir que sont les universités mettent leurs cours en ligne jusqu’à faire de certains de leurs professeurs de vraies stars du Web comme Walter Lewin pour la physique au MIT ou Michael Sandel pour la philosophie du droit à Harvard.
L’émergence des outils de l’oralité
Ceci ne serait encore rien sans d’autres tendances supplémentaires qui viennent enfoncer le clou. Un arsenal de technologies, arrivant à maturité par leur fiabilité grandissante et leurs coûts accessibles, ouvre la porte à la toute-puissance de la parole. Une parole qui, comme dans le fameux « sésame ouvre-toi » du conte, nous permet désormais de prendre le contrôle de notre environnement. Il faudra nous y habituer, nous allons de plus en plus souvent converser avec nos machines. Alors que jusqu’à présent, nous avions pris l’habitude d’appuyer sur des boutons ou de leur écrire !
Les progrès de la reconnaissance vocale sont tels que nous serons de plus en plus tentés de nous passer d’un clavier pour écrire. Ce sera la seconde mort symbolique de la Remington de l’écrivain. Ce dernier pourra écrire ses œuvres comme un Michel de Montaigne dictait ses Essais en arpentant, les mains dans le dos, le plancher de sa tour. Ecrire un texte se fera sous la dictée. C’est déjà possible, avec un traitement de texte du marché, quand votre ado se retrouve le bras dans le plâtre, et que cela ne le dispense même plus de préparer sa rédaction pour la semaine prochaine. Et pour moi, qui n’ai jamais appris à taper sur un clavier avec tous les doigts, c’est la perspective de bientôt pouvoir m’en passer…
« Certains annoncent un nouvel Internet, où la voix remplacera les clics, et où l’on navigue, consulte, réserve ou achète en dialoguant avec ces assistants intelligents »
Mais, la promesse ultime de cette évolution est bien l’extension du domaine de la reconnaissance vocale. Popularisée par Apple lors de l’introduction de Siri à l’occasion du lancement de son iPhone 4S dès 2011, la technologie encore imparfaite, est en train de faire les preuves de son efficacité. Au-delà des smartphones, elle s’introduit au cœur de nos voitures où le bénéfice est évident et est en passe d’être généralisée à tous les objets. C’est le sens de la toute nouvelle guerre que se livrent les géants du Net : mettre au cœur des foyers des assistants numériques universels capables de piloter via nos ordres vocaux les applications (recherche, agenda personnel, météo, info,…) et les objets connectés qui se multiplient à domicile (enceintes, lumières, fermetures, alarmes,…). Amazon a ouvert les hostilités en janvier 2017 à l’occasion du CES à Las Vegas (grande messe des équipements numériques) en dévoilant Alexa, face à Home de Google et Cortana de Microsoft. Tous ont en commun de miser sur la reconnaissance vocale, en permettant notamment l’identification vocale de chaque utilisateur. Une façon claire de miser sur ce qui, pour eux, est l’avenir des interfaces homme-machine : la voix.
Aurons-nous tous bientôt un assistant personnel obéissant au son de notre voix, sorte de majordome omnipotent comme Jarvis, l’intelligence artificielle ultra performante d’Iron Man ?
Le lien entre toutes ses applications tient aux progrès attendus de l’intelligence artificielle (et du deep learning), qui trouve dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, un champ d’innovations privilégié. En partant des applications de livres parlants et de vidéo-texte, ne serait-ce que pour les malvoyants pour qui l’écran est rédhibitoire, en passant par le vaste marché des centres d’appels et de relation client, avec la perspective d’automatiser une grande partie des tâches avec, à la clé, des gains de productivité considérables, jusqu’aux médias qui commencent à utiliser des speakers numériques qui lisent des bulletins météos et des informations ou encore les outils de génération automatique de résumés vidéo d’évènements en tout genre.
Plus fondamentalement, le Web vient d’entrer dans l’âge des chatbots, ces robots conversationnels, qui dotent les applications les plus variées du don de la parole, petits logiciels capables de tenir une conversation en temps réel avec un internaute et de s’adapter à ses réponses. Certains annoncent un nouvel Internet, où la voix remplacera les clics, et où l’on navigue, consulte, réserve ou achète en dialoguant avec ces assistants intelligents.
Les outils vocaux qui se déclinent en text-to-speech, speech-to-text et speech-to-speech, abordent grâce au progrès de la technologie NMT (pour Neural Machine Translation), la traduction simultanée. Comme c’est déjà le cas pour le projet de la startup Waverly Labs qui, en levant en 2016 quatre millions de dollars sur la plateforme de crowdfunding Indiegogo, s’apprête à commercialiser une oreillette traduisant les langues étrangères en temps réel. Finies les barrières entre les langues, quand il sera bientôt possible de travailler et de voyager en parlant et comprenant la langue de ses interlocuteurs au fil de simples conversations : effacer Babel ! Et une ouverture de plus, vers une civilisation de l’orale sans frontière.
Les premiers pas d’une nouvelle culture orale
A quoi doit-on s’attendre, quand la somme de ces tendances, qui convergent toutes vers l’avènement d’une nouvelle culture orale dominante, mais numérique, aura fait son œuvre ?
C’est bien sûr une mauvaise nouvelle de plus pour les amoureux du livre papier, dont la disparition est régulièrement annoncée sous les coups de boutoir de la dématérialisation de l’édition et de la distribution comme du changement des habitudes de lecture. Même si la transition sera longue (les ventes de livres numériques aux Etats-Unis, qui étaient en progression constante, ont fortement baissé en 2015 et en 2016), il est probable que nous n’aurons pas eu le temps de nous habituer longtemps à la lecture sur écran, car déjà une génération bascule dans l’oralité… L’écrit ne disparaitra pas pour autant bien sûr, mais il sera repoussé dans les marges : celles qu’occuperont toujours les amoureux de l’écrit ou ceux qui raisonnement mieux par écrit que mentalement…
« Verra-t-on se lever une nouvelle génération d’intellectuels aussi ou plus à l’aise dans la manipulation des concepts sans avoir à passer par le truchement de l’écriture ? »
Car il est vrai que de tels changements ont et auront d’énormes conséquences. Déjà la lecture sur écran modifie nos aptitudes. Avec des bénéfices avérés comme l’enrichissement de l’expérience que permet le lien hypertexte pour faire appel à un dictionnaire ou une page d’information. Mais aussi des inquiétudes liées à la vitesse de lecture qui diminuerait de 25% en moyenne en raison des sollicitations extérieures qui nous freinent (email, notifications, recherches…), aux troubles de l’attention chez les plus jeunes ou à la capacité de conduire une lecture profonde sur un écran. Certains, comme l’auteur américain Nicholas Carr, allant même jusqu’à agiter la menace de la paresse intellectuelle qui nous guette à force d’utiliser prioritairement la lecture numérique.
Comment le changement de support, et a fortiori la fin du media écrit, peut-il altérer nos facultés cognitives ?
Ces craintes qui nous habitent encore quant au passage de l’écrit papier au numérique ne seront rien à côté de celles qui vont se poser à l’occasion de la transition annoncée de l’écrit à l’oral. Qu’en sera-t-il de nos capacités cognitives dès lors que nous aurons abandonné l’écrit ? Comment raisonnerons-nous ? Raisonnerons-nous encore ? Comment une pratique orale dominante s’articulera avec les nombreuses prothèses numériques disponibles (mémoires, traduction, speech-to-text,…) ? Verra-t-on se lever une nouvelle génération d’intellectuels aussi ou plus à l’aise dans la manipulation des concepts sans avoir à passer par le truchement de l’écriture ? On peut ainsi entrevoir que cette culture orale numérique sera bien différente de celle qui a prévalu depuis l’aube de l’humanité, a minima en ce qu’elle englobera l’écrit en le mettant au service de l’oralité.
On pourra s’en désoler, comme un Platon s’insurgeait des méfaits de l’écriture en faisant dire à Socrate dans son Phèdre que l’écriture est inhumaine, en ce qu’elle prétend établir en dehors de l’esprit ce qui ne peut être en réalité que dans l’esprit. Mais d’un autre côté, c’est toute une partie de l’humanité qui n’a jamais eu accès à l’écrit – et ils sont nombreux comme ces indiens Quetchua qui ont traversé les quatre milles dernières années en se passant d’écriture – et qui, dès lors qu’elle sera dotée d’un smartphone, aura accès au savoir du reste de l’humanité par un Internet devenu vidéo et parlant. Une sorte de revanche des illettrés de tous les continents, de populations entières qui sauteront l’étape de l’écrit, comme ils ont sauté les étapes du téléphone et de l’internet fixe pour entrer directement dans l’ère de la mobilité.
« Notre pays renouera peut-être avec son glorieux passé qui faisait de nos ancêtres, tenants d’une civilisation de la transmission orale, des maîtres de la rhétorique, reconnus dans tout le monde antique jusqu’au cœur du sénat romain »
De même peut-on imaginer que les écrivains du futur seront des conteurs que nous convoquerons a volonté pour nous seuls ou, lors de veillés numériques, pour un groupe d’amis, eux même dispersés aux quatre coins du monde. Assis à nos côtés ou au milieu de nous, le conteur sera présent par la puissance de la réalité virtuelle et nous fera voyager dans sa création grâce au pouvoir évocateur de la parole. Ce n’est pas tant la mort du livre papier, en passe d’être supplanté par le livre numérique, qui pose question, car c’est même un débat presque dépassé, mais bien la fin du livre tout court… Poussons encore plus loin, en affirmant que le débat n’est déjà plus de savoir « si Internet va remplacer le livre papier » mais bien « si la vidéo va remplacer l’écrit ».
Certes, nous n’avons jamais collectivement autant écrit qu’aujourd’hui, depuis l’avènement du Net et des nouveaux moyens de communication numériques, sur nos ordinateurs, par email ou par texto. Comme si les premiers âges de l’Internet faisaient un baroud d’honneur, comme pour mieux célébrer la fin d’une époque et annoncer l’entrée dans une nouvelle ère allégée du poids de l’écrit… Un peu comme notre consommation de papier blanc ne cessa d’augmenter à l’heure de la reprographie et de l’impression numérique, alors même que nous était promis le zéro papier… qui finira bien par arriver quand la chaîne complète de la dématérialisation, qui va de la création de contenu à son stockage, sera plus sure et achevée.
Va-t-on revenir à la culture orale que plébiscitaient les Grecs anciens ? (©pearltrees.com)
A cette occasion, notre pays renouera peut être avec son glorieux passé, assez méconnu, qui faisaient de nos ancêtres tenant d’une civilisation de la transmission orale, non seulement des guerriers craints et respectés, mais aussi des maîtres de la rhétorique, reconnus dans tout le monde antique jusqu’au cœur du sénat romain. Ogmios, dieu de l’éloquence de la mythologie celtique gauloise, ne terrassait-il pas ses ennemis par la seule force de la parole ?
Au terme de cette transition numérique qui refermera la parenthèse des civilisations de l’écrit, qui aura durée, plusieurs millénaires si on la fait s’ouvrir dès ses débuts en Mésopotamie, ou à peine plus de cinq siècles si on préfère commencer avec Gutenberg qui démocratisa le livre, un auteur contemporain pourra un jour reprendre à son compte cette citation : « Je prends possession du monde par les vidéos », en écrivant les vidéos là où Antoine de Saint-Exupéry (Les carnets, 1953) avait écrit les mots !

L’éducation aux médias : une urgence con

L’éducation aux médias : une urgence contre la radicalisation cognitive des jeunes – Les médias sociaux modifient fondamentalement les espaces de diffusion de l’information, ils proposent d’autres espaces de médiation des savoirs que nous devons explorer dans une quête de sens. Ces médias sociaux sont aujourd’hui des espaces médiatiques qui ont une influence positive ou négative sur la construction du sens.

De Trump à Soral, de Daech à Dieudonné, la réalité est aujourd’hui contestée, outragée, modifiée par des théories complotistes et alternatives que nous devons d’abord combattre à l’école par une éducation aux médias offensive. Il est donc essentiel de repenser l’éducation aux médias et de construire les nouvelles formes d’info-apprendre de demain.
La fin de l’information ?
Au-delà de la confrontation des idées et des valeurs, le monde numérique, fait de tweets, de buzz et de théories manichéennes, est en train de construire une réalité alternative au sens orwellien. Sans y prendre garde, nous sommes en train de changer de monde. Si Beuve-Mery pouvait dire « le journal, c’est la réflexion et la radio l’émotion » aujourd’hui, nous pouvons dire « l’Internet, c’est la pulsion » (Monique Dagnaud, Sociologue et directrice de recherche au CNRS).
Car le monde, à la fois par son accélération totale du temps et sa volonté libérale du sens a peu à peu fait imploser notre relation aux savoirs, à l’information et au sens. Cette révolution presque invisible nous domine si fortement qu’il est nécessaire de sortir momentanément du jeu des médias pour comprendre le motif inhumain qui se dessine. Sans y prendre garde, nous sommes en train de changer de monde. Cette dilution lente de l’information a trois causes essentielles que nous devons comprendre pour agir en éducateur et en citoyen.
(a) « Un excès d’informations rend insensible à l’information » (Umberto Eco). Peu à peu, sous le tsunami des informations, sous l’influence redondante de l’identique, les jeunes se détachent des médias. Quand la même opinion est copiée et recopiée, quand la part de l’analyse cède devant l’émotion et l’audience, l’information perd de sa pertinence et les jeunes ne croient plus en la valeur des opinions.
Dans une enquête d’Opinion Way de 2015, « Les Français et les propos haineux sur Internet », 26 % des jeunes de 18 à 24 ans ne considèrent pas la radio comme une source crédible. Ils sont 22 % de ces mêmes jeunes à considérer comme non-crédible la télévision. Dans cette même enquête, 26 % des jeunes de 18 à 24 ans ne considèrent pas la radio comme une source crédible.
Les sources d’informations les plus utilisées par ces jeunes pour s’informer sont à 53 % les réseaux sociaux, à 44 % les amis, à 42 % le « bouche à oreilles ». La jeunesse est donc aujourd’hui de plus en plus détachée des modalités classiques d’information. L’information qui forge l’opinion des jeunes n’est plus médiée par des journalistes et cela doit nous alerter sur notre capacité collective à diffuser des analyses et des arguments.
(b) « Les journaux ne sont pas faits pour divulguer les informations mais pour les couvrir » (Umberto Eco). L’information dans son traitement médiatique a beaucoup changé. L’idée que le travail du journaliste est essentiellement un travail réflexif et objectif a laissé la place à l’info réalité où la lutte contre le zapping devient l’alpha et l’oméga des médias. Émouvoir, plus que décrire, alerter plus qu’expliquer, participer plus que comprendre, les médias en ligne ont aujourd’hui du mal à conquérir de nouveaux publics et les jeunes s’éloignent de ces sources documentées et se méfient des journalistes. 35 % des jeunes de 18 à 26 ans interrogés par nos soins (Alava, 2016) déclarent que la télévision n’est pas crédible, 38 % pensent les journaux non-crédibles et globalement les sources les plus crédibles pour les jeunes sont dans l’ordre (Wikipédia 65 %, 42 % les vidéos YouTube, 38 % les posts Facebook et 15 % les sites d’alter-informations (Alter Info, Réseau Voltaire, Les moutons enragés, etc..). Cette rupture entre les jeunes et leurs médias doit nous interroger. Il n’est pas question pour moi ici de dire qui est responsable, mais bien de montrer en quoi une éducation aux médias est aujourd’hui un enjeu citoyen fondamental.
(c) « Ce qui forme une culture n’est pas la conservation, mais le filtrage. Et Internet est le scandale d’une mémoire sans filtrage, où l’on ne distingue plus l’erreur de la vérité » (Umberto Eco). Quand il s’agit de faire le tri entre le vrai ou le faux, de savoir distinguer l’information de l’interprétation, nous sommes souvent en grande difficulté sur le Net tant aujourd’hui est devenue palpable cette phrase prémonitoire de Huxley écrite à Orwell parlant de la surveillance généralisée des populations « l’oligarchie régnante trouvera des moyens moins difficiles et moins coûteux de gouverner » et ce moyen est l’excès d’information.
Tout est accessible aujourd’hui et les codes éditoriaux, les modalités de diffusion, le style et l’écriture des médias et du cinéma ne se différencient plus des propos haineux, discriminatoires et radicaux. Un propagateur d’idéologie raciste ou terroriste a potentiellement le même accès sur l’Internet. Plus les jeunes désertent les médias, plus ils apprivoisent des formes nouvelles d’informations. 52 % des jeunes de notre enquête disent s’informer en regardant un post ou une vidéo sur YouTube plutôt que de lire un article en ligne.
La propagation « virale » des rumeurs ou des informations est devenue un mécanisme dominant que les journalistes recherchent eux-mêmes. « Si tu Likes, tu approuves et tu es complice » est un slogan que le Ministère de l’Éducation souhaite diffuser pour montrer le danger de la diffusion virale de propos ou d’actions cyberviolentes. Le Net est sans filtre, mais il n’est pas sans réaction, car rien n’oblige à faire en permanence la course au Buzz, ni à être complice par nos posts de propos haineux et mensongers.
« Sur Internet, les insultes et le harcèlement entre internautes se libèrent et se banalisent. Le Label Respect Zone est un outil inédit pour contrer positivement la cyberviolence. ».
Cette action conduite par des jeunes et des citoyens montre bien que rien n’interdit même sur le Web de valoriser des actions citoyennes, de promouvoir des sources d’informations objectives, de valoriser l’échange et le débat à la place de la violence et de la radicalisation. Internet n’est pas à lui seul le problème. Internet est aussi la solution et cette solution passe par une éducation aux médias ancrée dans la réalité des pratiques d’information et d’intervention de la jeunesse.
Vers une éducation active et citoyenne des nouveaux médias
Face à la radicalisation violente des jeunes et à la coupure de plus en plus évidente entre une France des médias et une France des réseaux numériques l’Éducation nationale a lancé une mobilisation de l’École pour renforcer l’éducation aux médias et à l’information. Cette orientation s’inscrit pleinement dans la réforme des programmes et devrait ouvrir la voie à une formation accrue des jeunes face aux dangers des fléaux que sont le buzz, la désinformation, les théories de la rupture, la théorie du complot.
Il était temps, mais sans une refondation de notre rapport global à l’information, nous serions encore perdants dans cette bataille. L’éducation aux médias et à l’information ne peut pas seulement être une éducation patrimoniale expliquant aux jeunes la beauté, la qualité des médias traditionnels. Cette vision d’un monde perdu qu’il faudrait protéger ne peut permettre une véritable mobilisation des jeunes.
En effet les recherches portant sur les processus de radicalisation des jeunes nous montrent qu’au cœur de la radicalisation il y a l’envie, le besoin, la quête de sens et ce sens n’est pas de l’information aussi objective, soit-elle. L’éducation aux médias doit alors devenir un élément de la quête de sens pour une jeunesse qui cherche à répondre à ces questions. Coemenius dans la grande didactique rappelait ces trois principes au cœur de l’art d’apprendre.
« Trois choses donnent à l’élève la possibilité, le pouvoir d’apprendre : poser beaucoup de questions, chercher les réponses et les enseigner aux autres. »
Nous devons donc proposer aux élèves de vraies situations d’information et de communication où ils puissent construire leur parcours documentaire et informationnel. Le jeune doit partir de ces questionnements sans tabou, sans filtre. Il doit maîtriser les trois facettes de la médiation documentaire afin de pouvoir construire des savoirs à l’aide d’informations. Orpailleur de données souvent cachés et difficilement analysables, le jeune doit agir pour prévenir.
Ils doivent devenir l’orfèvre de ses informations afin de pouvoir grâce à une éducation sémantique et citoyenne devenir l’alchimiste de ses savoirs et non l’esclave des théories complotistes (Alava S, 1996). Il doit enfin conduire son parcours et choisir une stratégie permettant de gérer ses interactions et de faire évoluer ses savoirs antérieurs. L’élève est à la fois « apprenant », « navigant » et « s’informant » et ces trois rôles sont à la fois synchroniquement et diachroniquement constitutifs du « savoir apprendre ».
Les médias sociaux modifient fondamentalement les espaces de diffusion de l’information, ils proposent d’autres espaces de médiation des savoirs que nous devons explorer dans une quête de sens. Ces médias sociaux sont aujourd’hui des espaces médiatiques qui ont une influence positive ou négative sur la construction du sens.
Nous ne réussirons pas à convaincre les jeunes en leur imposant le respect face aux anciennes formes de communication, mais nous devons les aider à découvrir l’alchimie de la signification qui se construit par leur propre action.
« Être citoyen, c’est prendre la parole » (Joseph Wresinski). Dans une démarche nouvelle, nous devons proposer une éducation citoyenne aux médias et à l’information grâce à laquelle s’informer, se questionner et communiquer sont autant d’armes éducatives pour refonder au XXIe siécle « l’éphémère équilibre de l’apprendre » comme levier du « vivre ensemble ».