C’est en Apprenant qu’on apprend à app

C’est en Apprenant qu’on apprend à apprendre.

Cette formule, ‘apprendre à apprendre’ a ses premières racines chez Pestalozzi [l’une des références majeures de Jules Ferry lui-même]. C’est effectivement une idée de la modernité […]. Ce n’est pas la peine de polémiquer contre. Il faut éclairer le sens qu’elle a […]. D’une certaine manière, c’est un idéal pour nous tous, et ça ne peut que l’être dès lors qu’on a compris les raisons pour lesquelles il exerce une telle séduction. C’est un idéal épistémique, qui relève des conditions les plus profondes de ce que veut dire la connaissance pour les Modernes – sujet de raison. Mais on peut aussi éclairer sa praticabilité, parce qu’en fait, si on veut efficacement agir avec une telle idée, il faut à la fois montrer aux acteurs les bonnes raisons qu’ils ont de penser comme cela, et le rapport ambigu que cette proposition entretient avec la réalité. Parce que ça n’est pas un programme pratique, c’est un idéal de la modernité […]. C’est un but à atteindre et ça n’est pas une condition initiale. Personne n’apprend à apprendre. En apprenant, on apprend à apprendre ».
On « apprend à apprendre » sans doute « en apprenant. » Mais pas non plus n’importe quoi ni n’importe comment. Et la réflexion à ce sujet (bien que sporadique et insuffisamment développée) existe, et de longue date. On peut, entre autres, en prendre pour exemple (sinon pour modèle) un certain mode de légitimation de l’apprentissage des langues anciennes qui est apparu il y a longtemps également, dès les tout débuts de la troisième République.
Comme l’a dit alors Michel Bréal, l’un des principaux fondateurs de l’Ecole républicaine (dans son livre Quelques mots sur l’Instruction publique, paru en 1872 ), « le profit inestimable qui réside dans l’étude d’une langue morte, c’est qu’elle dépayse l’esprit et l’oblige à entrer dans une autre manière de penser et de parler [car on n’apprend pas une langue morte pour la savoir, la parler]. Chaque construction, chaque règle grammaticale qui s’éloigne de l’usage de notre langue, doit être pour l’élève une occasion de réfléchir. La tâche du maître n’est donc pas d’écarter les difficultés de la route, mais seulement de les disposer de façon méthodique et graduée. Il ne s’agit pas d’abréger le chemin, car c’est le chemin qui est en quelque sorte la fin qu’on se propose ».
La réécriture annoncée du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » sera-t-elle l’occasion d’une clarification nette en la matière (en dépit de son  »effacement » dans le corps même de la « loi de refondation de l’Ecole »)? L’Histoire -comme on dit- tranchera.

By Claude Le Lièvre

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