Comment promouvoir le dialogue des cultu

Comment promouvoir le dialogue des cultures et des civilisations

comment promouvoir le dialogue des cultures et des civilisations? La question me paraît tout à fait légitime. Pour y répondre, je dirais qu’il s’agit d’abord de se connaître, de se reconnaître et de se faire connaître. Cela suppose un retour aux sources, mais un retour libérateur. On doit crever les chapes de la tradition, neutraliser les tabous de toute nature et oser tout soumettre au crible de la critique afin de retenir ce qui facilite l’ouverture sur l’autre, qu’il faut accepter avec le respect de ses différences sans complaisance ni condescendance. L’autre, il faut également le connaître avec sympathie: connaître son histoire, sa religion, ses croyances et tout ce qui fait sa singularité en cherchant les interférences fécondes et les rencontres fécondatrices.
On peut également s’interroger sur le pourquoi du dialogue des cultures et des civilisations. A ce propos, je dirais que le dialogue avec l’autre se fait aujourd’hui plus que jamais nécessaire, parce que le Moi se trouve dans l’épaisseur de l’autre. Voilà une attitude où la reconnaissance, la modestie et la générosité se conjuguent pour induire le respect mutuel et la solidarité: Martin Buber avait entièrement raison de reconnaître les liens infrangibles et irréfragables entre le je et le tu, entre le moi et l’autre.
L’Islam et l’arabité doivent leur grandeur et leur gloire à un potentiel endogène, certes, mais également et surtout à l’autre qui est multiple: Grec, Persan, Indou, Chinois, Africain, Berbère, Juif ou Chrétien.
Peut-on comprendre le miracle grec sans les apports de l’Orient sémitique et sans les contributions de l’Egypte? Peut-on comprendre les richesses matérielles et culturelles de l’Europe et de l’Occident sans leur expansion en Afrique, en Asie et en Amérique précolombienne? La dette de l’Occident envers le Sud me paraît énorme. Aristote put se rendre en Europe grâce aux philosophes arabes via l’Andalousie. Les Croisades elles-mêmes favorisèrent l’osmose entre l’Orient et l’Occident. Que dire de la Sicile aux temps des rois normands et surtout sous le règne Frédéric II Hohenstaufen?
Doit-on à jamais rompre avec toutes les institutions qui favorisent le dialogue des cultures, des civilisations et des religions parce que l’université y avait pensé au temps d’un régime déchu? Voilà le temps d’y revenir pour qu’une telle chaire soit mise au service de la liberté, de la démocratie et des valeurs comme la justice et la solidarité entre les peuples. Une telle institution doit promouvoir le dialogue des civilisations et des religions et œuvrer pour l’établissement de liens d’amitié, de coopération et d’estime réciproque entre les peuples, quelles qu’en soient les races, les cultures et les confessions.
C’est une philosophie de l’ouverture, de la solidarité entre les hommes et une reconnaissance de l’identité et des spécificités, sans exclusion aucune. Sous-tendue par un humanisme qui reconnaît l’autre, le respecte et l’accepte avec ses différences, cette philosophie peut se prévaloir de racines profondément ancrées en Tunisie. Elle se rattache à une très vieille tradition qui n’a pas fini de s’épanouir et de se renforcer depuis Carthage d’Hannibal à nos jours en passant par le fondateur de Sadiki, Kheireddine Pacha, et Tahar Haddad, qui n’hésita pas à défendre à sa manière les droits de la femme à une époque où parler de la femme était perçu comme un tabou voire un crime de lèse-Charia.
Il s’agit donc de cultiver l’amitié, la coopération, l’acceptation de l’autre et la solidarité entre les peuples.
Pour atteindre ces nobles objectifs, fortement liés au savoir et à la diffusion du savoir, il est nécessaire d’agir pour une profonde connaissance des peuples, de leurs civilisations et de leurs religions, sur la base d’enquêtes qui, dûment conçues et menées, couvrent les différents domaines de la connaissance, qu’il s’agisse de l’homme ou qu’il s’agisse de la vie ou de la nature.
Pour convaincre l’autre et acquérir la légitimité de l’interlocuteur, il faut d’abord connaître son histoire et sa propre culture, loin de tout a priori et de toute tendance sélective. Cette bonne connaissance de soi (homme et milieu) offre au politique responsable de la gestion du présent et de la perception du futur, une base de réflexion et une source d’inspiration.
Partant de ces principes, il convient de favoriser les contacts, la diffusion du savoir, le débat en toute liberté, loin de tous les tabous mais animé de confiance et de respect mutuel. Pour une telle action, on peut prévoir des conférences qui peuvent être faites par des personnalités tunisiennes ou étrangères sur des sujets qui traitent du passé, du présent et de l’avenir, l’objectif étant une bonne connaissance de soi et une bonne connaissance et de l’autre. Le passé nous interpelle afin de mieux gérer notre présent et concevoir notre avenir. Pour être fiable et viable, tout projet, quel qu’il soit, nécessite trois supports: le savoir, le souvenir et l’espoir, c’est-à-dire la foi en l’homme et le culte de l’humain.
En toute objectivité, la Tunisie se doit de se présenter elle-même, à elle-même et à l’autre, en faisant connaître ses acquis et ses légitimes ambitions pour la construction d’une société équilibrée, démocratique, ouverte et confiante dans l’avenir, une société fondée sur le savoir et les valeurs comme la justice et le respect des droits de l’homme dans leur globalité et leur universalité.
Mohamed Hassine

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