En quoi le numérique rend les villes app

En quoi le numérique rend les villes apprenantes ? |

Qu’est-ce qu’une ville apprenante ?
En 2050, 70% de la population habitera dans des villes. Après l’équipe ou les organisations, l’OCDE postule que les villes pourraient être apprenantes. Pour sa part, l’UNESCO associe la capacité d’apprendre d’une ville à la réalisation d’«objectifs de développement durable» fixés par l’Agenda 2030 des Nations unies, « en particulier l’objectif 4 (garantir une éducation de qualité, sans exclusion, équitable, avec possibilités d’apprentissage pour tous tout au long de la vie) et l’objectif 11 (faire des villes et des établissements humains des endroits sans exclusion, sûrs, résilients et durables) ».
Pour encourager ce mouvement, l’UNESCO a même créé un réseau qu’ont déjà rejoint plus de 100 villes et un prix pour récompenser les initiatives comme par exemple Clermont-Ferrand qui devient la première ville apprenante de l’UNESCO en France, certainement parce qu’elle s’engage dans un apprentissage inclusif.
Quinze métropoles mondiales (dont New York et Tokyo) rassemblent plus de 20 millions d’habitants. Cette densité humaine, associée à des équipements de premier plan, une fluidité des interactions humaines, notamment favorisée par les technologies et les connexions, autorise des rencontres d’idées, de projets, de financements, de compétences qui produisent des connaissances nouvelles, ce que l’on nomme sérendipité : le mariage de questions et de façons originales de les résoudre.
Les villes forment en effet des écosystèmes humains riches comme les cas documentés en France de Paris, Lyon ou bien en Angleterre de Londres ou au Québec de Montréal. La caractéristique de ces villes serait de disposer :
d’infrastructure de qualité et notamment d’un réseau internet particulièrement efficient incluant chacun,
d’un climat et d’une ambiance de vie agréable,
de nombreuses écoles, et de peu d’échec scolaire, de nombreux laboratoires de recherche et chercheurs,
un écosystème entrepreneurial, doté d’entreprises performantes, d’incubateurs
d’un tissu associatif dense et porteur de projets pour toute la communauté des habitants,
d’un continuum entre apprentissage formel et informel (ville maillée de lieux institutionnels et d’espaces de partage musée, médiathéque, tout type de lieux de rencontre de savoirs),
d’un accès à des réseaux de savoirs et d’échange de pratiques,
d’une mobilité professionnelle des individus qui pollinisent les organisations dans lesquelles ils travaillent des perspectives appréhendées dans des parcours professionnels riches,
d’une variété de services facilitant les échanges et les rencontres et notamment la coopération entre chercheurs et citoyens.

Les projets se développent au sein de grappes, des liens se créent entre des individus mobiles créatifs-culturels, entrepreneurs, chercheurs, pionniers. La circulation des objets de savoirs et des individus enrichissent les cités de valeurs, d’idéaux, de richesses économiques et de connaissances profitant à tous.
La Sillicon Valley : ville apprenante ou ville aspirante ?
De nombreuses «smart cities» se font remarquer par l’usage des technologies. La création de Songdo en Corée du Sud ou de Shenzhen en Chine misent sur des immeubles de haute qualité environnementale ultra-connectés. Songdo fonctionnerait comme une sorte de logiciel géant permettant d’apprendre du comportement de ses habitants, car doté d’algorithmes prédictifs, permettant de capter des données en temps réel et de les réinjecter dans les systèmes d’information de la ville. Chaque habitant pourrait en réaction interagir avec un panel de services de consommation ou professionnel depuis chez soi en tenant compte des offres, de l’état des transports ou des prix.
Parmi les technopôles, la Silicon Valley est régulièrement donnée en exemple, pour ses prouesses numériques. Elle attire les voyages d’observation et d’apprentissage du monde entier. Le comté de Santa Clara cœur de la Valley, ses 3 millions d’habitants et ses 6000 entreprises de haute technologie dans la ville serait à lui seul plus riche que le Chili. L’histoire et la genèse de la ville en tant que Silicon Valley profite du rayonnement de l’université de Stanford fondé en 1891 près de Palo-Alto. Le professeur Terman et ses successeurs auraient encouragé les étudiants à la fin des années 30 à créer des entreprises localement en profitant des échanges avec les entreprises locales.
La fabrique du « mythe du garage » ou de l’entrepreneur héroïque et de la création de Hewlett Packard serait associée à cette époque d’expansion. En 1971 le nom Silicon Valley est forgé pour rendre compte de l’industrie du semi-conducteur qui est alors en plein développement.
L’industrie du Web 2.0 va redonner un coup d’accélérateur et attirer des cerveaux du monde entier, en particulier, d’Inde et de Chine. « 55 % des employés dans les domaines des sciences et des technologies sont nés en dehors des États-Unis » (Wikipédia). La richesse et les prouesses de la ville ne masquent pas le dessous des cartes, avec les travailleurs pauvres du savoir qui peinent à se loger dans la ville tellement celle-ci est chère (le pronétariat dirait Joël de Rosnay), l’échec scolaire et la délinquance juvénile élevés et des inégalités sociales croissantes.
Finalement, si la ville regorge de savoirs et d’intelligence, c’est bien souvent parce qu’elle aspire des cerveaux d’autres pays (50% des habitants de la valley parlent une autre langue que l’anglais) plutôt que la ville ne les crée. La Silicon Valley est incontestablement une énigme qui conjugue succès économique et problématique sociale. Peut-être faut-il la ranger dans la catégorie des villes inspirantes plutôt que dans celle des villes apprenantes ?
Des villes comme Bangalore, créent des hub technologiques surnommée « electronic city » ou Skolkovo dans la banlieue de Moscou cherchent à imiter ce qui a fait le succès de la Valey.
Les facteurs de conversions vers la ville apprenante
Des villes riches d’habitants qualifiés, ouverts sur le monde et les nouvelles technologies permettent à l’innovation de produire de nouvelles valeurs ajoutée et d’immenses richesses, mais pour être apprenantes, elles ne doivent pas seulement être connectées et hautement technologiques, elles investissent sur les hommes et les femmes de la communauté qui les abrite.
La qualité d’une ville réside aussi dans la communauté de destin auquel chacun a envie de s’identifier. Il ne suffit pas d’avoir du wifi partout, encore faut-il que chacun profite de ses bienfaits, sinon l’écart de richesses produit une insécurité et des tensions telles que la ville se met en danger elle-même. Avant même la technologie, c’est l’ouverture aux autres qui produit de la possibilité de savoir. Les premiers facteurs de conversions vers la ville apprenante sont :
un climat culturel d’ouverture et de tolérance,
une volonté politique de développer un territoire et une communauté au bénéfice de tous,
des acteurs économiques, éducatifs, associatifs engagés et soutenus,
des espaces de rencontre, de partage de valeurs et d’idées,
des moyens d’investir dans le futur.

Gageons que le pari de réussir les villes pour qu’elles deviennent apprenante, résiliente, durable et pourquoi pas heureuse comme Dubai, soit essentiel au moment où les hommes se regroupent et que le phénomène urbain tend à devenir un trait commun de l’humanité.

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