Les amazones de la littérature camerounaise

     Depuis quelques années, la proportion des femmes qui se lancent dans l’aventure littéraire ne cesse d’augmenter. En moins de temps qu’il n’en faut, elles semblent avoir pris le pouvoir dans cette citadelle jadis imprenable, où trônaient de leur majesté phallique leurs compatriotes. Elle semble désormais lointaine, l’époque où Ferdinand Léopold Oyono, Mongo Béti, Guillaume Oyono Mbia, Sevérin Cécile Abega ou Pabé Mongo,etc., constituaient le référent lorsqu’on parlait de littérature.

Leadership

Les femmes seraient-elles subitement plus inspirées que les hommes ? Est-ce un simple effet de mode qui va s’estomper avec le temps, ou alors une tendance désormais durablement inscrite dans l’univers de la création littéraire au Cameroun ? Les professionnels de l’édition ne réussissent pas à s’accorder sur la réponse définitive à apporter à ces questions. Pour le directeur des éditions Clé à Yaoundé, « à défaut de chiffres, en regardant les vitrines et en suivant l’actualité littéraire, on constate que l’on a un peu plus de femmes qui écrivent. Dire qu’elles écrivent plus que les hommes, je ne suis pas en mesure de le certifier », avoue Marcelin Vounda Etoa.

S’il y a un domaine que les Camerounaises vont contester à leurs compatriotes masculins, c’est bien celui de la littérature. Au point d’assumer aujourd’hui un leadership qui n’est pas usurpé. Par quelque bout que l’on traite de la littérature féminine camerounaise, on ne peut éluder trois facteurs incontournables, intimement liés au temps, à l’espace et à la thématique.         

L’histoire situe les premiers faits d’armes des femmes avec la littérature dans les années 50. Lorsqu’on parle des chanteuses Princess Erika et Esta, on ne sait pas d’emblée qu’elles tiennent leur fibre artistique d’une mère jadis écrivaine. En 1958, Marie-Claire Matip existait déjà autrement que par sa célèbre progéniture. A 20 ans, elle avait publié à Paris son autobiographie. « Ngonda », fillette dans la langue maternelle de l’auteur, a été un des premiers textes publiés en français par une Africaine, une Camerounaise. Un exploit, en ces périodes troubles, où les luttes d’indépendance faisaient fureur en Afrique.

Lorsque quelques années plus tard, en 1967, Thérèse Kuoh Moukouri publie « Rencontres essentielles », tandis que Jeanne Ngo Maï sort « Poèmes sauvages et lamentations ». C’est le début d’un emballement qui ne va plus s’arrêter. Les deux femmes citées peuvent à juste titre être considérées comme pionnières et dignes représentantes de la vieille garde de la littérature féminine camerounaise. D’autres leur ont emboîté le pas. Marie Charlotte Mbarga Kouma publie son premier livre en 1967, Lydie Dooh Bunya et Rabiatou Njoya en 1977, Marie Thérèse Assiga Ahanda en 1978, Were Were Liking en 1979. Dès le début des années 80, de nouvelles plumes vont se faire jour. Delphine Zanga Tsogo publie son premier roman en 1983, avant que ne débarque l’ogre Calixthe Beyala, qui sort son premier roman en 1987.

Calixthe Beyala

Dès le début des années 90, la timide incursion des femmes dans le monde des lettres va se faire plus incisive. Bien emmenées par une Calixthe Beyala impressionnante, d’autres plumes, réveillées par le succès international de cette compatriote, vont suivre. Son second livre va sortir dès 1988. D’autres vont suivre, avec une cadence infernale d’un livre en moyenne par an. Philomène Bassek et Evelyne Mpoudi Ngollé vont publier en 1990, Marie Claire Dati Sabze en 1992, Marie-Félicité Ebokea en 1994, Genéviève Ngosso Kouo en 1995, Stella Engama en 1997, Nathalie Etoke en 1999.

A partir de l’an 2000. Mercedes Fouda, Angeline Solange Bonono, Julienne Zanga, vont prendre le relais, et libérer définitivement l’écrivaine camerounaise. Mais, c’est le succès international de Leonora Miano en 2005, suivi de l’exposition médiatique d’Elisabeth Tchoungui, qui vont entériner la mainmise des femmes sur la littérature au Cameroun.

Lorsqu’on fait une analyse thématique de ce que les Camerounaises écrivent, la tendance est outrancièrement favorable à la fiction qui l’emporte largement, au détriment des autres genres. Le roman arrive logiquement en tête de ce que les Camerounaises écrivent. La poésie suit à respectable distance, tandis que le récit autobiographique reste marginal.

En plus, les femmes ont définitivement investi un autre maillon de la chaîne du livre au Cameroun. Marie-Claire Nnana à la Société de presse et d’édition du Cameroun, Simone Edzoa à l’Africaine d’édition, dirigent chacune une maison d’édition au Cameroun. De quoi permettre à leurs compatriotes femmes de continuer d’écrire et d’éditer localement.

Jacques Bessala Manga

Source: http://goo.gl/0YbZZG

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